La prévoyance professionnelle (LPP), c’est quoi ?

La LPP constitue le deuxième pilier du système de prévoyance suisse. Avec l’AVS, elle doit permettre de maintenir de manière appropriée le niveau de vie antérieur au moment de la retraite.

Son principe est celui de l’épargne : chaque mois, l’employeur et le salarié versent des cotisations qui s’accumulent sur un compte individuel, l’avoir de vieillesse. Cet avoir est rémunéré, puis converti en rente ou versé en capital au moment de la retraite.

La LPP ne couvre pas que la vieillesse. Elle verse également des prestations en cas d’invalidité et de décès, souvent méconnues alors qu’elles représentent une protection majeure pour les familles.

Cette assurance est-elle obligatoire ?

Oui pour la grande majorité des salariés, non pour les indépendants.

L’affiliation est obligatoire pour tout salarié qui perçoit un salaire annuel supérieur au seuil d’entrée, fixé à CHF 22’680 en 2026, et qui a plus de 17 ans. La couverture se construit en deux temps.

Dès 18 ans

Invalidité et décès

Assurance contre les risques d’invalidité et de décès uniquement.

Dès 25 ans

Épargne vieillesse

S’y ajoute l’épargne vieillesse, qui constitue l’avoir de retraite.

Qui doit l’être ?

Salariés au-dessus du seuil

Affiliation obligatoire dès CHF 22’680 de salaire annuel en 2026, pour toute personne de plus de 17 ans.

Qui ne l’est pas ?

Sous le seuil, CDD courts, indépendants

Les personnes dont le salaire reste sous le seuil d’entrée, celles engagées pour une durée déterminée de trois mois au maximum, et les indépendants. Ces derniers peuvent toutefois s’affilier volontairement, auprès de la caisse de leur personnel ou de l’institution supplétive.

Qui paie quoi ?

Au moins 50 % employeur

L’employeur doit financer au moins la moitié des cotisations totales. De nombreuses entreprises prennent en charge une part supérieure, ce qui constitue un argument de recrutement non négligeable.

Que couvre-t-elle exactement ?

Le salaire assuré

Les cotisations ne portent pas sur l’intégralité du salaire, mais sur le salaire coordonné. On soustrait du salaire annuel une déduction de coordination de CHF 26’460, qui correspond à la part déjà couverte par l’AVS.

Déduction

CHF 26’460

Part déjà couverte par l’AVS, soustraite du salaire annuel.

Minimum

CHF 3’780

Salaire coordonné minimal, même si le calcul donne moins.

Plafond obligatoire

CHF 64’260

Salaire coordonné maximal pour la part LPP obligatoire.

Exemple : un salaire de CHF 75’000

Un salaire annuel de CHF 75’000 donne un salaire coordonné de CHF 48’540. C’est sur ce montant, et non sur les CHF 75’000, que se calculent les cotisations obligatoires.

Les bonifications de vieillesse

Le taux de cotisation d’épargne augmente avec l’âge, ce qui explique qu’un collaborateur plus âgé coûte davantage à l’entreprise.

25 à 34 ans

7 %

du salaire coordonné

35 à 44 ans

10 %

du salaire coordonné

45 à 54 ans

15 %

du salaire coordonné

Dès 55 ans

18 %

jusqu’à l’âge de référence

La prestation de vieillesse

À la retraite, l’avoir accumulé est converti en rente annuelle au moyen du taux de conversion, fixé à 6,8 % pour la part obligatoire.

CHF 27’200 Rente annuelle à 6,8 %

Un avoir de CHF 400’000 génère cette rente. L’intérêt minimal légal est de 1,25 % en 2026. Les caisses peuvent faire mieux, jamais moins sur la part obligatoire.

Selon le règlement, il est possible de percevoir tout ou partie de l’avoir en capital plutôt qu’en rente. Le choix est définitif et mérite d’être analysé bien avant la retraite. Voir aussi préparer ma retraite.

Invalidité, décès et surobligatoire

La prestation d’invalidité

En cas d’invalidité reconnue, la caisse verse une rente d’invalidité, complétée d’une rente pour enfant. Le droit s’ouvre en principe avec celui de l’assurance-invalidité, mais le règlement prévoit fréquemment un délai d’attente.

Les prestations de décès

En cas de décès de l’assuré, la caisse peut verser une rente au conjoint survivant et une rente d’orphelin. Certains règlements prévoient également un capital-décès. Les conditions et le cercle des bénéficiaires varient sensiblement d’une caisse à l’autre.

La part surobligatoire

Une caisse peut aller au-delà du minimum légal : assurer le salaire dépassant le plafond, réduire ou supprimer la déduction de coordination, relever les taux de bonification, améliorer les prestations de risque.

Ni 1,25 %, ni 6,8 %

Cette part surobligatoire n’est soumise ni au taux d’intérêt minimal, ni au taux de conversion de 6,8 %. C’est là que se joue l’essentiel des différences entre deux caisses de pension.

Pièges fréquents

Croire que la LPP couvre tout le salaire Le plafond de CHF 64’260 de salaire coordonné laisse les revenus élevés largement sous-assurés, tant pour la retraite que pour l’invalidité.
Ignorer la déduction de coordination sur les temps partiels Appliquée intégralement à un salaire réduit, elle rogne considérablement le salaire coordonné. Un employé à 40 % peut se retrouver avec une prévoyance quasi inexistante.
Oublier ses avoirs de libre passage Lorsqu’une période sans activité s’intercale, l’avoir est déposé sur un compte de libre passage et se perd facilement de vue.
Négliger les rachats Les années manquantes peuvent être rachetées, avec un effet sur l’avoir et la fiscalité. Attention au délai de blocage de trois ans avant tout retrait en capital.
Sous-estimer les prestations de risque Pour une entreprise employant de jeunes collaborateurs avec charge de famille, la qualité des rentes d’invalidité et de survivants pèse davantage que le seul rendement.

Croire que la LPP couvre tout le salaire

Le plafond de CHF 64’260 de salaire coordonné laisse les revenus élevés largement sous-assurés, tant pour la retraite que pour l’invalidité. Un cadre qui compte sur son deuxième pilier pour maintenir son niveau de vie découvre souvent trop tard l’ampleur de l’écart.

Ignorer la déduction de coordination sur les temps partiels

Appliquée intégralement à un salaire réduit, elle rogne considérablement le salaire coordonné. Un employé à 40 % peut se retrouver avec une prévoyance quasi inexistante. De nombreuses caisses proposent d’adapter la déduction au taux d’occupation, encore faut-il l’avoir demandé.

Oublier ses avoirs de libre passage

Chaque changement d’employeur transfère l’avoir vers une nouvelle caisse. Lorsqu’une période sans activité s’intercale, l’avoir est déposé sur un compte de libre passage et se perd facilement de vue. Des centaines de millions de francs dorment ainsi auprès de la Centrale du 2e pilier.

Négliger les rachats

Les années manquantes peuvent être rachetées, avec un double effet : augmentation de l’avoir de vieillesse et déduction fiscale du montant versé. Attention toutefois au délai de blocage de trois ans avant tout retrait en capital, sous peine de reprise fiscale.

Sous-estimer les prestations de risque lors du choix d’une caisse

Les comparaisons se concentrent souvent sur les taux de cotisation et le rendement. Or, pour une entreprise employant de jeunes collaborateurs avec charge de famille, la qualité des rentes d’invalidité et de survivants pèse davantage.

J’ai déjà ce contrat, comment puis-je le résilier ou changer d’assureur ?

Cette question ne concerne pas le salarié : il ne choisit pas sa caisse de pension. C’est l’employeur qui décide de l’affiliation, avec l’accord du personnel ou de sa représentation.

Pour l’entreprise

Le contrat d’affiliation prévoit une durée et un délai de résiliation, souvent de six mois pour la fin de l’année civile. Un changement suppose l’accord du personnel ou de la commission de prévoyance. Trois points doivent être examinés avant tout changement :

1

Le sort des rentiers

Les bénéficiaires de rentes ne sont pas nécessairement repris par la nouvelle caisse. Cette question doit être réglée explicitement.

2

Le degré de couverture

Une caisse en découvert peut prélever une retenue sur les avoirs transférés.

3

Les prestations de risque

Un collaborateur en incapacité de travail au moment du changement peut poser des difficultés de reprise.

Pour le salarié qui quitte son emploi

L’avoir de vieillesse est transféré à la caisse du nouvel employeur. En l’absence de nouvel emploi, il est placé sur un compte ou une police de libre passage, au choix de l’assuré.

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